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Témoignages
sur les camps
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"Nous vivions à Gien
où nous nous étions fixés depuis une trentaine
d'années. Nous logions dans quatre caravanes. Un après-midi,
des gendarmes sont venus nous dire que nous devions nous rendre à
Orléans, le lendemain, pour un simple recensement. Le pépé,
en colère, nous a répété, le soir, qu'il
ne partirait jamais si nous étions encadrés par des
gendarmes. Le lendemain matin, après avoir rassemblé
nos affaires, nous avons pris la route. Nous avons commencé
à être inquiets quand nous avons vu des gendarmes aux
croisements, ce qui nous interdisait de prendre une autre direction
que celle d'Orléans.
A Tigy, on nous a demandé de laisser les caravanes et les chevaux
dans un pré, et l'on nous a fait monter dans des camions à
bestiaux. Nous nous sommes retrouvés dans le camp de Jargeau.
C'était en 1941, et j'avais 9 ans. Nous y sommes restés
dix-huit mois. Quand nous sommes retournés à Tigy pour
retrouver nos caravanes, tout était saccagé, inutilisable."
(Témoignage d'Augustine Gaippe, de Jargeau, recueilli
par J.Sigot, Etudes Tsiganes, vol 6, n°2/ 1995 p 68)
Le camp de Jargeau - collection Cercil
"Nous nous trouvions du côté
de Quimper, dans le Finistère, où nous nous étions
à demi sédentarisés dès que nous avions
appris les premières arrestations. Nous avions loué
une maison que nous occupions à sept : ma grand-mère,
mon père et ma mère, mon frère et les deux soeurs.
Mes parents étaient journaliers. J'avais alors une douzaine
d'années. Un matin, de bonne heure, des gendarmes ont fait
irruption chez nous et nous nous sommes aperçus presque aussitôt
que plusieurs autres encerclaient la maison. Ils étaient arrivés
en fourgonnette. On nous a demandé de rassembler des affaires
personnelles et on nous a laissé un peu de temps pour que nous
puissions préparer notre départ. Les gendarmes, méfiants,
nous suivaient dans chaque pièce. La mamie avait réussi
à se cacher dès l'alerte, et personne ne songea à
la chercher ; ce qui prouve qu'ils n'avaient pas de liste et qu'ils
devaient se contenter d'appréhender tous ceux qu'ils trouvaient.
Nous avons vu aussi que les dénonciations, anonymes ou non,
sont à l'origine d'arrestations. Que les nomades gênent,
cela suffit donc souvent, et souvent exclusivement, à justifier
leur internement." (Témoignage de Jean Richard,
recueilli par Jacques Sigot, Etudes Tsiganes vol 6, n°2/1995 p
74)
"Nous étions à
Moulins, dans l'Allier, lorsque nous avons été arrêtés
la première fois. Ils nous ont alors assignés à
résidence en Corrèze. A l'époque, nous avions
des roulottes avec des chevaux. Et puis un jour, ils sont venus nous
chercher et nous ont mis dans les camps de concentration. On a dû
laisser nos roulottes et nos chevaux là-bas et on ne les a
jamais récupérés. Ils nous ont pas expliqué
pourquoi on allait dans ces camps. Ils nous ont d'abord emmenés
à Rivesaltes. Il y avait toute ma famille - les Schaenotz et
les Demetrio - qui étaient dans ce camp. Nous sommes restés
quelques mois dans celui-ci et puis, avec quelques uns, nous nous
sommes échappés. Nous sommes partis à Valence
dans l'Ardèche. Ma grand-mère, quant à elle,
est restée à Rivesaltes. Elle y décédera
peu de temps après. Au bout de trois ou quatre mois, la gendarmerie
nous a retrouvés et nous a emmenés au camp de Gurs.
Nous sommes restés presque un an dans ce camp. Il y avait beaucoup
de juifs. C'était un camp qui était très dur.
Après, nous avons été au camp de Noé pendant
un mois et nous avons été conduits au camp de Saliers.
C'était un camp pour les nomades. Nous étions une quinzaine
dans la même maison. Nous dormions les uns sur les autres. Il
n 'y avait rien à manger. Heureusement que j'avais un oncle
- Yoska Gorgan - qui habitait Maurs et qui nous envoyait des colis
de temps en temps. Beaucoup de gens étaient malades. Il y avait
plein de moustiques dans ce camp. C'était insupportable. Alors
pour faire partir les moustiques on faisait des feux dans les cabanes.
Mais à cause de ces feux, on prenait des maladies de peau.
Mon père allait travailler dans une ferme à l'extérieur
du camp. Mais normalement on n 'avait pas le droit de sortir. Le camp
n'était pas très bien gardé et ce n'était
pas très difficile de pouvoir s'en échapper. Seulement
même si on partait, on était repris à quelques
kilomètres. J'ai deux frères qui ont quand même
réussi à s'enfuir. Ils sont partis dans le Cantal retrouver
mon oncle. Mais là-bas, les Allemands sont venus pour faire
une rafle. Mes deux frères ont été déportés
en Allemagne. Seul Pierre est revenu vivant. Nous, on est resté
au camp de Saliers jusqu'à la fin, quand celui-ci a été
bombardé. Nous sommes rentrés à Maurs à
pied. Le retour a duré plus d'un mois. On a vu beaucoup de
morts sur la route. C'est quand on est arrivé à Maurs
qu'on a appris qu'une partie de la famille avait été
déportée en Allemagne. On a revu mon frère longtemps
après". (Témoignage
de Roger Demetrio, recueilli par Mathieu Pernot, Etudes Tsiganes,
n° 13, 1999 p.151)
"On a souffert aussi à
Jargeau. Par contre, on ne voyait pas les Allemands, le camp était
gardé par les Français.
"Je me souviens quand même d'une fois où j'ai vu
les Allemands qui sont venus jouer avec nous. Ils avaient enduit un
poteau de mélasse, et au sommet ils avaient déposé
une pièce de monnaie. Il fallait grimper au poteau et attraper
la pièce uniquement avec les dents. C'était trop difficile,
ça glissait et ça collait, on y arrivait rarement et
on disputait notre tour. Les Allemands eux, ils rigolaient bien !
" On allait aussi à l'école. La nourriture était
la même, de la soupe, toujours de la soupe, on n'a jamais mangé
un seul morceau de viande. Un jour que nous avions faim et qu'on cherchait
avec d'autres gamins une nourriture quelconque, on avait remarqué
un gardien qui mangeait une pomme devant nous. Il a jeté le
trognon à terre et on s'est jeté dessus. Le lendemain,
il est revenu avec une pomme, après l'avoir mangée,
il a écrasé le trognon sous son pied. Cela m'a marquée
et c'est resté dans ma mémoire.
" L'hiver on avait froid, on avait des lits superposés
en bois. Il y avait un poêle par baraque, mais sans bois. On
crevait de froid, alors mon père a cassé les lits pour
nous faire du feu, mais après on dormait par terre, et comme
mon père était nommé chef de baraque, il a dû
sûrement y avoir des représailles."
(Témoignage de Mme Félix, née Chandello,
recueilli par E Filhol, Etudes Tsiganes n°13, 1999 p.58)
"En 1942,
je me souviens plus des dates, ni qui en a donné l'ordre, nous
avons pris à notre service environ 15 personnes retenues à
la Saline Royale. Je me souviens de certains noms : Chandello, Remetter,
Winterstein, Reinhart...
Amenés par des gendarmes, ces nomades étaient gardés
avec toute leur famille, par des douaniers. Ils étaient "
parqués ", c'est le mot, dans des pavillons jouxtant les
grands bâtiments. La Saline Royale, propriété,
à l'époque, des Beaux-Arts, était abandonnée,
les abords des bâtiments étaient en friche.
Les pavillons aux grandes pièces, froides et sales, avaient
les carreaux des fenêtres cassés. C'était le domaine
des chouettes et des rats. Pas de chauffage. Nous leur avons apporté
quelques vieux poêles fumants. En guise de lit, un tapis de
paille et quelques couvertures pour toutes les nombreuses familles
avec des enfants en bas âge et des à peine plus âgés
pourtant " pleins de vie ", malgré la précarité.
L'eau à une seule fontaine dans la cour. Pas de toilettes...
les buissons des friches proches servant de cabinet d'aisance. Chaque
matin, à 6 h l'été et à 7 h 30 l'hiver,
sous la surveillance des douaniers, j'allais chercher nos bûcherons
dans leurs bâtiments. Un certain douanier refusait de m'accompagner...
il avait peur des puces... ou autre vermine. On trouvait pourtant
normal de loger ainsi des êtres humains." (Témoignage
de Mr Prétot, exploitant forestier en forêt de Chaux,
recueilli par E. Filhol, Etudes Tsiganes n°13, 1999 p.63)
Sur les conditions matérielles
du camp de Moisdon :
Si quelques familles, parmi les
mieux, sont réunies dans une pièce avec quelques paillasses
pour s'étendre le soir venu, toutes les autres sont parquées
comme des bêtes dans deux grands baraquements de bois, repoussants
de saleté, où jamais ne pénètrent ni le
soleil, ni l'air. Dans cet immense taudis aussi sombre à midi
que le soir, vivent des êtres humains. Deux ou trois caisses
contenant chacune une paillasse et quelques lambeaux de couverture,
sont superposées les unes au-dessus des autres pour abriter
une famille entière.
Les cheveux en broussailles, la figure et les mains noires, les pieds
nus sur le sol boueux, le corps recouvert de quelques haillons, de
pauvres enfants, innocentes victimes, s'étiolent dans cette
atmosphère de vice et de saleté.
Autour du poêle allumé, se pressent les plus vieux, les
malades, les plus petits. Une jeune femme tuberculeuse, de retour
de sana, entourée de ses petits, réchauffe ses membres
douloureux et nus, et sème la contagion. Cette description
du camp ne traduit pas la compassion qu'en ressent le visiteur. Une
première solution s'impose d'urgence : envoyer vêtements
et linge.
(rapport de l'assistante
sociale principale, Nantes, le 8 novembre 1941, cité par J.
Sigot, Etudes Tsiganes vol6, n°2/1995 p 156)
Monseigneur,
Dans un cas absolument exceptionnel, j'ai recours à votre bon
coeur en faveur d'environ 300 malheureux nomades français qui
viennent d'arriver sur ma paroisse, dans le camp de Méron-Montreuil,
et qui se trouvent dans un état absolument lamentable. Parmi
eux, il y a plus de soixante enfants qui grelottent dans leurs haillons,
plusieurs sont pieds nus ; dix-huit femmes, m'assure-t-on, sont enceintes.
Or, rien n'était, et n'est encore prêt pour les recevoir
: ni literie, ni linge, ni bois de chauffage, ni cabinets. La nourriture
est très déficiente, et pourtant, les légumes
ne manquent pas dans le pays. Ils couchent sur la paille, sans couverture.(Lettre
adressée à son évêque le 21 novembre 1941
par François Jollec, curé de Méron, citée
par J. Sigot, Etudes Tsiganes, vol 6, n°2/1995 p 32)
"Le dimanche, j'prenais ma
fille sur le porte-bagages de mon vélo et on allait jusqu'au
camp. Ils étaient ni plus ni moins qu'des bêtes derrière
leur grillage. On leur lançait du pain ; c'est qu'ils avaient
faim." (Témoignage
de Marinette Maria rapportant des paroles d'une Montreuillaise qui
préfère garder l'anonymat, cité par J. Sigot,
Etudes Tsiganes, vol 6, n°2/ 1995 p 170)
"Les Allemands nous ont pris à Meysse dans l'Ardèche.
Les gendarmes sont venus nous chercher dans notre maison. Ils nous
ont dit qu'ils nous mèneraient dans un pays où nous
aurions des maisons et dans lequel nous serions bien nourris. Alors,
nous sommes allés au camp de Barcarès, puis à
celui de Rivesaltes. Nous sommes presque restés six mois dans
ce camp. Nous étions mélangés avec d'autres personnes
qui n'étaient pas gitanes. Et puis un jour, ils ont pris des
hommes de chez nous pour les emmener à Saliers pour qu 'ils
y construisent les maisons. Parmi eux, se trouvaient mon père
et mes deux frères. Au bout d'un certain temps, comme on ne
les avait pas vus depuis longtemps et qu'on se faisait du souci pour
eux, je me suis échappée du camp de Rivesaltes avec
ma mère pour aller les voir. Nous avons pris le train jusqu
'à Nîmes et sommes allées à Saliers. Nous
sommes restées une nuit dans ce camp avec mon père et
lorsque le chef du camp nous a trouvées le matin, il nous a
obligées à repartir à Rivesaltes.
"Et puis, quelques mois après, lorsque le camp de Saliers
était construit, on est venu nous chercher et avec des camions
on nous a emmenés à la gare. Monsieur Pelet, le directeur
du camp, nous a accueillis et nous avons pu retrouver notre papa et
nos deux frères. Chaque famille était regroupée
dans les petites maisons en chaume. Nous étions treize de la
famille dans la baraque 25. Par la suite mes frères ont été
mis au travail obligatoire au camp d'Istres. Mon père, ma pauvre
sur et ma tante travaillaient en cuisine, avec Monsieur Sevolli
qui était le cuisinier et qui venait de Saint-Gilles. Moi,
je devais faire le service pour les gardiens, les infirmières
et le commandant du camp. Cela faisait plus de trois tables à
faire pour chaque repas. Nous étions des misérables
dans ce camp. On mangeait des épinards pleins de terre et une
fois, on a même trouvé un rat dedans. Je me souviens
qu 'un jour nous sommes allés dans un restaurant à Saint-Gilles
où les Allemands allaient habituellement manger, pour y récupérer
des épluchures de pommes de terre. Mais quand ils nous ont
vus, ils ont fait exprès de marcher sur ces épluchures
pour que nous ne puissions pas en manger. Nous étions traités
comme des chiens là-dedans. Ma petite sur Antoinette
est morte dans le camp, elle avait neuf ans. Un de mes frères
est également mort peu de temps après les camps tellement
il y avait été mal traité. (
) "
(Témoignage de
Germaine Campos recueilli par Mathieu Pernot, Etudes Tsiganes, n°13,
1999, p.153)

Le
projet est parrainé par le cinéaste Tony Gatlif
Il est encadré par un comité scientifique composé
dhistoriens : Henriette Asséo, Emmanuel Filhol, Marie
Christine Hubert, Alain Reyniers, Jacques Sigot
Il est porté par un comité dorganisation composé
des associations suivantes : ANGVC (Association Nationale des
Gens du Voyage Catholiques) / ASNIT (Association Sociale Nationale
Internationale Tzigane) / FNASAT-Gens du voyage (Fédération
Nationale des Associations Solidaires d'Action avec les Tsiganes
et les Gens du voyage) / LDH (Ligue des Droits de l'Homme) / MRAP
(Mouvement contre le Racisme et pour l'Amitié entre les
Peuples) / Romani Art / UFAT (Union Française des Associations
Tsiganes) - Nous
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